Les interactions entre le soja et les troubles de la thyroïde
Le soja est souvent mis en avant pour ses bienfaits nutritionnels, notamment pour son apport en protéines végétales. Il contient également des composés aux effets phytoestrogéniques appelés isoflavones. Si ces derniers sont bien connus pour leur influence sur les hormones sexuelles, leur impact sur la fonction thyroïdienne suscite encore des interrogations. Quelles sont les interactions entre le soja et la thyroïde ? Faut-il limiter sa consommation en cas de troubles thyroïdiens ? On fait le point sur les connaissances actuelles.

Le rôle de la thyroïde dans l’organisme
La glande thyroïde est un organe essentiel à la régulation du métabolisme. Elle produit principalement deux hormones : la triiodothyronine (T3) et la thyroxine (T4), qui influencent la température corporelle, la dépense énergétique, la croissance et le fonctionnement du cœur et du cerveau.
Pour synthétiser ces hormones, la thyroïde a besoin d’iode, un oligo-élément présent dans les poissons, les produits laitiers et certaines algues. Une carence tout comme un excès en iode, peuvent entraîner une hypothyroïdie. D’autres facteurs peuvent également affecter la thyroïde, notamment :
- Les maladies auto-immunes : la thyroïdite de Hashimoto (cause d’hypothyroïdie) et la maladie de Basedow (responsable d’hyperthyroïdie).
- Les traitements thyroïdiens : l’iode radioactif, la chirurgie ou les antithyroïdiens pouvant induire une hypothyroïdie secondaire.
- Certains médicaments : comme le lithium (régulateur de l’humeur), l’amiodarone (antiarythmique), l’interféron (immunomodulateur).
- L’exposition aux radiations : radiothérapie au niveau du cou ou de la poitrine, ou irradiation accidentelle.
- Les nodules thyroïdiens : dits « chauds » qui sécrètent de grandes quantités d’hormones.
Le soja et son impact sur la thyroïde
Isoflavones et interaction avec la thyroïde
Le soja contient des isoflavones qui sont des phytoestrogènes. Ces molécules imitent partiellement l’action des œstrogènes dans l’organisme. Certains travaux suggèrent qu’elles pourraient également interférer avec l’absorption de l’iode et inhiber l’activité d’une enzyme clé dans la synthèse des hormones thyroïdiennes, la thyroperoxydase (TPO). Cependant, il n’y a pas de consensus scientifique sur leur impact direct sur la thyroïde.
Des résultats divergents selon les recherches
Une étude menée en 2015 par l’Université de Loma Linda (Adventist Health Study-2) a examiné l’impact du soja sur la fonction thyroïdienne. Il en ressort notamment que :
- Les femmes consommant environ 2 portions de soja par jour avaient un risque 4 fois plus important d’avoir une TSH élevée (indicateur d’hypothyroïdie) par rapport à celles qui n’en mangeaient pas du tout.
- Aucun effet similaire n’a été observé chez les hommes.
Plusieurs critères doivent nuancer les résultats de ces travaux. Il s’agit d’une étude observationnelle, ce qui signifie qu’elle ne prouve pas que le soja est directement responsable de l’augmentation de la TSH. De plus, l’âge, le mode de vie et l’état de santé des participantes a pu jouer un rôle :
- Environ ⅓ des femmes avec une élévation de la TSH avaient eu un diagnostic d’hypothyroïdie dans les trois ans précédant le début de l’étude.
- Les niveaux de TSH élevés se rencontraient plus souvent chez les patientes plus âgés.
- Les personnes véganes ou végétariennes étaient plus représentées dans le groupe avec un taux de TSH élevé.
D’autres recherches sur le sujet ne montrent pas d’impact systématique du soja sur la thyroïde. Il en ressortirait que seules les personnes ayant une fonction thyroïdienne fragilisée (carence en iode, prédisposition à l’hypothyroïdie) semblent présenter des effets thyroïdiens de la consommation de soja.
Soja et thyroïde : précautions à prendre
Les effets de la consommation de soja sur la thyroïde semblent limités. Il pourrait cependant, avoir un impact chez les personnes souffrant d’hypothyroïdie. Pour limiter les risques, voici les recommandations actuelles :
- Si votre thyroïde fonctionne normalement et que votre apport en iode est suffisant, la consommation de soja ne pose pas de problème particulier.
- En cas d’hypothyroïdie, mieux vaut consommer du soja avec modération et surveiller régulièrement votre fonction thyroïdienne.
- Si vous prenez de la lévothyroxine, le soja peut réduire son absorption.Il est recommandé d’espacer de 3 à 4 heures la prise du médicament de celle d’aliments à base de soja afin d’optimiser son efficacité.
Les effets du soja sur la fonction thyroïdienne sont encore débattus, mais les recherches actuelles montrent que son impact dépend principalement du contexte individuel. Chez les personnes en bonne santé avec un apport suffisant en iode, la consommation de soja ne semble pas poser de problème majeur. En revanche, chez celles souffrant d’hypothyroïdie ou ayant un risque de dysfonctionnement thyroïdien (carence en iode, prédisposition génétique, maladies auto-immunes), une consommation régulière pourrait influencer les niveaux de TSH. Si vous êtes concerné par un trouble de la thyroïde, il est recommandé de consommer le soja avec modération, de surveiller régulièrement votre fonction thyroïdienne.
– The association between soya consumption and serum thyroid-stimulating hormone concentrations in the Adventist Health Study-2,. www.cambridge.org. Consulté le 17 mars 2025.
– LEVOTHYROX 100 microgrammes, comprimé sécable – Résumé des caractéristiques du produit, Base de données publique de médicaments. base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr. Consulté le 17 mars 2025.
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