Retrouver sa mobilité après un AVC grâce au neurofeedback

Par |Publié le : 23 février 2020|Dernière mise à jour : 14 août 2024|5 min de lecture|

Et si le neurofeedback permettait de retrouver plus rapidement la mobilité d’un membre après un accident vasculaire cérébral (AVC) ? C’est ce que suggère une équipe de chercheurs de l’Inserm qui aide les patients victimes d’un AVC à récupérer grâce à une technique d’entraînement exploitant leur activité cérébrale.

neurofeedback-avc-mobilite

Les ravages de l’AVC

L’AVC ou Accident Vasculaire Cérébral touche chaque année en France  près de 140 000 personnes et provoque environ 31 000 décès. L’AVC correspondant à une obstruction ou une rupture d’un vaisseau sanguin dans le cerveau, il peut faire des ravages chez les patients qui en réchappent en les handicapant lourdement  (hémiplégie, paralysie complète ou d’un seul côté, troubles cognitifs…).

Tout l’enjeu de la convalescence réside donc dans la récupération de la motricité qui implique de restaurer la transmission des informations entre le cerveau et les membres atteints. Pendant de nombreuses années, la rééducation s’appuyait sur la mobilisation des membres  à travers la manipulation de différents objets par le patient, mais sans grand succès :

« La récupération de la motricité du membre supérieur est plus difficile à obtenir pour la majorité des patients car la lésion touche complètement la zone de commande du membre, laquelle est très large du fait de la complexité de son fonctionnement. Par ailleurs, le niveau de récupération doit être excellent pour que le patient puisse utiliser son membre supérieur» explique Isabelle Bonan, chercheuse Inserm.

Dans ce contexte, la chercheuse et son équipe ont souhaité explorer d’autres pistes thérapeutiques en plongeant au fin fond du cerveau.

Lire aussiAVC : un surrisque de 30% chez les professionnels travaillant plus de 50 heures par semaine

La plasticité cérébrale

Depuis une vingtaine d’années, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) représente un allié précieux pour le corps médical. Cette technique innovante  permet en effet d’observer en  temps réel l’intérieur du cerveau du patient en 2D ou 3D et d’accéder à des informations inaccessibles avec des techniques d’imagerie traditionnelles.

L’IRM permet ainsi de suivre les progrès du patient ayant subi un AVC pendant sa période de rééducation et de relever une caractéristique essentielle du cerveau : la plasticité cérébrale. Certaines zones du cerveau reprennent en effet du service au fur et à mesure des séances et des exercices de rééducation des membres handicapés.

À savoir ! Grâce à la plasticité cérébrale, le cerveau fait appel à des zones saines capables de remplacer les zones lésées ou bien de créer de nouveaux réseaux neuronaux en remplacement de ceux qui ont été endommagés, afin de restaurer une fonction perdue.

L’équipe de scientifiques a couplé deux techniques pour visualiser l’activité des neurones dans le cerveau des patients ayant subi un AVC :

  • l’électroencéphalographie (EEG) : des électrodes placées sur le cuir chevelu du patient mesurent l’activité cérébrale avec une très bonne précision temporelle
  • l’IRM qui procure une bonne précision spatiale

Ce sont ensuite des logiciels d’analyse de ces informations qui permettent d’identifier lesquelles de ces activités sont en lien avec le déficit de motricité d’un ou plusieurs membres atteints.

Lire aussiAméliorer la mémoire par une stimulation électrique du cerveau ?

Le pouvoir de la pensée potentialisé par le neurofeedback

Si les exercices de rééducation et séances d’entraînement favorisent la plasticité cérébrale, les scientifiques ont également observé que la simple pensée des mouvements pouvait avoir le même effet ! C’est dire le pouvoir immense de la pensée ! Forte de ce constat, l’équipe de chercheurs a choisi d’avoir recours au « neurofeedback » pour potentialiser cette technique d’imagerie mentale.

À savoir ! Le « neurofeedback » permet de montrer au patient ce qu’il se passe dans son cerveau en temps réel. L’objectif est qu’il puisse progressivement apprendre à stimuler les zones du cerveau les plus favorables à sa récupération.

Pour mener à bien leurs recherches et étudier l’impact réel du neurofeedback, les scientifiques ont élaboré un protocole d’entraînement intensif qu’ils ont soumis à quatre patients présentant une paralysie partielle suite à un AVC. Leur activité cérébrale a été suivie pendant 5 semaines soit par EEG et IRM, soit par EEG seulement.

Des études antérieures ayant démontré qu’il était préférable de se focaliser sur telle ou telle zone cérébrale en fonction de la gravité des lésions, l’objectif de cette nouvelle étude consistait à identifier les zones cérébrales dont l’activation par la pensée permettait une meilleure récupération de la motricité des membres affectés :

« Lorsque les zones clés pour la rééducation s’allument dans le cerveau et que les activités électriques des neurones reprennent, une « récompense » est donnée au cerveau grâce à une image de jauge présentée en temps réel. Le cerveau comprend alors qu’il est sur le bon chemin et continue l’exercice de la même façon. Si par contre la jauge diminue, c’est que le patient s’éloigne de l’objectif, et il doit corriger le tir. »

Pour l’équipe de scientifiques, les premiers résultats enregistrés sont encourageants. Et, première mondiale, ils suggèrent l’intérêt d’une approche multi-cibles avec des exercices focalisés sur différentes aires cérébrales au fur et à mesure des séances  pour améliorer les résultats chez les patients victimes d’un AVC.

Prochaine étape pour l’équipe de chercheurs ?  Confirmer les avantages de cette technique inédite grâce à une étude randomisée comparant ces résultats à ceux d’une rééducation traditionnelle chez les patients victimes d’un AVC.

Lire aussiTrois patients paralysés réussissent à remarcher grâce aux neurotechnologies

Déborah L., Docteur en Pharmacie

– AVC : Récupérer par la pensée. INSERM. Consulté le 16 janvier 2020.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Deborah L.
Pharmacienne. Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie. Passionnée par l'écriture, elle sait allier la rigueur scientifique à la beauté de notre langue. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.