Polluants éternels : l’Académie des sciences se positionne sur les PFAS
Utilisés dans de nombreux produits du quotidien, les PFAS – aussi appelés polluants éternels – sont aujourd’hui au cœur des enjeux environnementaux et sanitaires. Très persistants, ces composés s’accumulent dans l’air, l’eau, les sols… et nos organismes. Dans un rapport publié en mars 2025, l’Académie des sciences alerte sur la complexité de cette pollution et appelle à une meilleure traçabilité, un encadrement renforcé et un effort massif de recherche.

PFAS : des polluants omniprésents, persistants et complexes
Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, désignent une famille de plusieurs milliers de composés chimiques aux propriétés très recherchées : antiadhésive, résistance à la chaleur, imperméabilité. Depuis les années 1950, ils sont utilisés dans les emballages alimentaires, les textiles, les ustensiles de cuisine, les mousses anti-incendie, les produits médicaux ou encore les cosmétiques.
Leur principal problème est leur extrême persistance dans l’environnement. Les liaisons carbone-fluor, particulièrement solides, rendent leur dégradation naturelle très lente. Ainsi, les PFAS se retrouvent dans tous les milieux : eaux de surface, nappes phréatiques, air, sols, poussières intérieures, aliments. Certaines molécules s’accumulent dans les tissus vivants (foie, reins, sang), d’autres voyagent sur de longues distances.
Ces substances sont présentes dans tous les milieux et sur toute la planète, y compris dans les régions éloignées de toute activité humaine. Cette dispersion rend leur traçabilité complexe. Souvent mêlés à d’autres composés et présents à de très faibles concentrations, les PFAS sont difficiles à détecter et presque impossibles à éliminer. C’est cette combinaison de facteurs qui conduit aujourd’hui les scientifiques à qualifier leur pollution de « complexité inédite ».
Quels risques pour la santé humaine et l’environnement ?
De plus en plus d’études soulignent les dangers potentiels des PFAS pour la santé humaine. Une fois dans l’organisme, ces substances peuvent persister plusieurs années et se lier à certaines protéines. Elles sont associées à divers effets :
- Augmentation du taux de cholestérol ;
- Dérèglements hormonaux (thyroïde) ;
- Troubles de la fertilité et effets sur le développement du fœtus ;
- Risques accrus de certains cancers (rein, foie) ;
- Affaiblissement du système immunitaire.
Une étude française de l’INSERM publiée en 2025 a mis en évidence l’impact de certains PFAS sur le placenta, pouvant affecter la croissance du fœtus et augmenter les risques de prééclampsie.
Sur le plan environnemental, leur accumulation dans les écosystèmes perturbe la chaîne alimentaire. On les retrouve chez des espèces animales, des plantes et dans l’eau potable. Les populations les plus exposées sont celles vivant près de sites industriels ou travaillant dans des secteurs manipulant ces composés.
Ce que recommande l’Académie des sciences
Dans son rapport de mars 2025, l’Académie des sciences appelle à une stratégie globale pour encadrer les PFAS :
- Mieux les connaître : investir dans la recherche pour comprendre les effets toxicologiques, identifier les substances prioritaires et développer des méthodes de dépollution.
- Assurer une traçabilité transparente : les PFAS doivent être signalés sur les produits, comme les ions dans les eaux minérales.
- Contrôler les rejets : notamment en aval des sites industriels. Leur nombre réduit permettrait une surveillance ciblée et efficace.
- Restreindre les usages non essentiels : comme dans les cosmétiques ou les textiles. La loi du 20 février 2025 « prévoit qu’à compter du 1er janvier 2026, l’interdiction de la fabrication, de l’importation et de la vente de tout produit cosmétique, textile d’habillement ou produit de fart pour skis contenant des PFAS. ».
- Anticiper les substitutions : certaines applications essentielles (santé, transition énergétique) n’ont pas encore d’alternative. Il faut éviter de remplacer un PFAS par un autre tout aussi persistant.
L’Académie insiste aussi sur l’importance d’une réglementation européenne plus ambitieuse, allant au-delà de la fixation de seuils, en imposant un véritable suivi du cycle de vie des substances.
La pollution aux PFAS se distingue par sa nature diffuse, persistante et difficilement réversible, posant des défis sans précédent aux scientifiques comme aux pouvoirs publics. L’Académie des sciences rappelle que cette crise chimique appelle également à une réflexion élargie sur l’exposome, c’est-à-dire l’ensemble des expositions environnementales et leurs effets cumulés sur la santé humaine. Face à une pollution mondiale, silencieuse et persistante, l’urgence est double : mieux connaître ces substances pour mieux les encadrer, et repenser nos usages pour préserver la santé publique et l’environnement.
– INSERM, Un point sur les PFAS, . presse.inserm.fr. Consulté le 31 mars 2025.
– ANSES, PFAS : des substances chimiques très persistantes, . www.anses.fr. Consulté le .
– . www.info.gouv.fr. Consulté le .
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